← Toutes les actualités

Qualité de l'air intérieur et cancer du poumon : identifier et maîtriser les risques profe

Par la rédaction NatéoSanté · expert de la qualité de l'air depuis 2009 · · 12 min de lecture

Qualité de l'air intérieur et cancer du poumon : identifier et maîtriser les risques profe

Photo : Max Vakhtbovych / Pexels

Les cancers du poumon chez les non-fumeurs représentent une part croissante des cas diagnostiqués. Parmi les facteurs souvent sous-estimés, la qualité de l'air intérieur joue un rôle clé. Quels polluants sont en cause ? Comment les entreprises peuvent-elles protéger leurs salariés ?

En 2020, 12,6 % des cancers du poumon concernaient des personnes non-fumeurs, contre 7,2 % en 2000 (étude KBP-2020). Cette augmentation interroge, d’autant que les causes traditionnelles comme le tabac ou l’exposition professionnelle à certains agents chimiques (amiante, silice) ne suffisent pas à expliquer cette tendance. Parmi les facteurs émergents, la qualité de l’air intérieur (QAI) des locaux professionnels émerge comme un enjeu majeur de santé publique. Les employeurs ont une responsabilité juridique et éthique à agir, d’autant que le Code du travail encadre strictement l’aération et l’assainissement des espaces de travail.

Les polluants de l’air intérieur sont multiples : formaldéhyde, benzène, particules fines, radon ou encore monoxyde de carbone. Certains sont cancérogènes avérés, d’autres agissent en synergie avec d’autres facteurs de risque. Leur présence, même à faible dose, peut contribuer à l’apparition de pathologies respiratoires graves, dont le cancer du poumon. Pour les entreprises, l’enjeu est double : respecter les obligations légales en matière de QAI et protéger la santé de leurs salariés, tout en limitant les risques juridiques et financiers liés à une exposition prolongée.

Les polluants de l’air intérieur : des cancérogènes souvent sous-estimés en milieu professionnel

Plusieurs polluants présents dans l’air intérieur des locaux professionnels sont classés cancérogènes par les autorités sanitaires. Leur détection et leur maîtrise relèvent de la responsabilité de l’employeur, conformément aux articles R.4222-1 et suivants du Code du travail.

Parmi les substances les plus préoccupantes :

  • Le formaldéhyde : ce composé organique volatil (COV) est classé cancérogène (catégorie 1B) et mutagène (catégorie 2) par le règlement CLP. En France, sa valeur limite d’exposition professionnelle (VLEP) contraignante est fixée à 0,3 ppm (0,37 mg/m³) sur 8 heures et à 0,6 ppm (0,74 mg/m³) sur 15 minutes (décret du 30 décembre 2021). Une valeur repère de 100 µg/m³ (court terme) et une valeur de gestion de 30 µg/m³ (long terme) ont été définies par l’ANSES et le HCSP. Le formaldéhyde est émis par de nombreux matériaux de construction, meubles, produits d’entretien ou colles. Dans les locaux professionnels, son accumulation est favorisée par une ventilation insuffisante ou des matériaux récents mal aérés.
  • Le benzène : ce solvant aromatique est classé cancérogène (catégorie 1A) par le règlement CLP. Sa VLEP contraignante sera abaissée à 0,2 ppm (0,66 mg/m³) sur 8 heures en avril 2026. La valeur guide pour l’air intérieur à long terme est fixée à 10 µg/m³ (ANSES). Le benzène est présent dans les produits pétroliers, les encres, les colles, mais aussi dans l’air extérieur (trafic routier, chauffage). En milieu professionnel, il peut provenir de processus industriels ou de l’utilisation de produits de nettoyage.
  • Les particules fines (PM2.5 et PM10) : bien que leur lien direct avec le cancer du poumon soit moins documenté que pour les substances chimiques, les particules fines sont associées à une augmentation des risques de pathologies respiratoires et cardiovasculaires. Les lignes directrices de l’OMS recommandent des seuils de 5 µg/m³ en moyenne annuelle pour les PM2.5 et de 15 µg/m³ en moyenne annuelle pour les PM10. En milieu professionnel, leur présence peut être liée à des activités de combustion (chauffage, soudage), à l’usure des matériaux ou à la pollution extérieure.
  • Le radon : ce gaz radioactif naturel est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac. Son niveau de référence réglementaire en France est fixé à 300 Bq/m³ en moyenne annuelle pour les lieux de travail et les ERP. Le radon s’infiltre dans les bâtiments par les sols et peut s’accumuler dans les locaux mal ventilés. Certaines régions françaises sont particulièrement concernées en raison de la géologie locale.
  • Le monoxyde de carbone (CO) : bien que moins directement lié au cancer du poumon, le CO est un gaz toxique qui peut aggraver les risques pour la santé en cas d’exposition prolongée. Sa valeur guide pour l’air intérieur est fixée à 10 mg/m³ sur 8 heures (ANSES). Le CO est émis par les appareils de combustion (chaudières, chauffe-eau) en cas de mauvaise combustion ou de ventilation insuffisante.

Ces polluants agissent souvent en synergie, ce qui complexifie leur évaluation. Par exemple, une exposition à des particules fines peut potentialiser les effets cancérogènes du formaldéhyde ou du benzène. De plus, leur accumulation est favorisée par des locaux mal ventilés, des matériaux de construction ou de décoration émetteurs, ou encore des produits d’entretien inadaptés.

Ce que dit la réglementation : obligations et responsabilités pour l’employeur

Le Code du travail impose à l’employeur de garantir la sécurité et la santé de ses salariés, y compris en matière de qualité de l’air intérieur. Plusieurs textes encadrent cette obligation, notamment les articles R.4222-1 et suivants du Code du travail, qui précisent les règles d’aération et d’assainissement des locaux professionnels.

Les principales obligations légales incluent :

  • L’aération des locaux : l’employeur doit assurer un renouvellement suffisant de l’air dans les locaux de travail, en fonction de leur usage et de leur occupation. Les débits minimaux d’air neuf par occupant sont fixés comme suit :
    • 25 m³/h par occupant pour les bureaux et locaux sans travail physique ;
    • 30 m³/h par occupant pour les locaux de restauration, de vente ou de réunion ;
    • 45 m³/h par occupant pour les ateliers et locaux avec travail physique léger ;
    • 60 m³/h par occupant pour les autres ateliers et locaux.
  • L’évaluation des risques : l’employeur doit identifier et évaluer les risques liés à la qualité de l’air intérieur, y compris les risques chimiques, et les consigner dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Cette évaluation doit prendre en compte les spécificités des locaux, des activités et des matériaux utilisés.
  • La prévention des risques : l’employeur doit mettre en place des mesures de prévention adaptées, telles que la ventilation mécanique contrôlée (VMC), l’utilisation de matériaux faiblement émissifs, ou encore la limitation de l’usage de produits chimiques dangereux. Ces mesures doivent être prioritaires par rapport aux équipements de protection individuelle (EPI), qui ne constituent qu’une solution de dernier recours.
  • La surveillance de la qualité de l’air : bien que les obligations de surveillance ne concernent pas tous les secteurs, certains établissements (comme les crèches, écoles ou ERP) sont tenus de réaliser des campagnes de mesures de polluants aux étapes clés du bâtiment, conformément aux décrets n°2022-1690 et n°2022-1691 du 27 décembre 2022. Pour les autres locaux professionnels, l’employeur peut s’appuyer sur des autodiagnostics ou des mesures ponctuelles pour évaluer la QAI.
  • L’information et la formation des salariés : l’employeur doit informer les salariés des risques liés à la qualité de l’air intérieur et des mesures de prévention mises en place. Une formation adaptée permet de sensibiliser les équipes aux bonnes pratiques (aération régulière, signalement des anomalies, etc.).

En cas de non-respect de ces obligations, l’employeur s’expose à des sanctions pénales (amendes, mise en demeure) et à des risques juridiques en cas de contentieux lié à la santé des salariés. De plus, une mauvaise QAI peut entraîner une baisse de productivité, une augmentation de l’absentéisme et une dégradation du bien-être au travail.

Bonnes pratiques pour maîtriser la qualité de l’air intérieur : actions concrètes et priorités

Pour réduire les risques liés à la qualité de l’air intérieur et protéger la santé des salariés, les employeurs peuvent mettre en œuvre des actions prioritaires, adaptées à leur secteur d’activité et à leurs locaux. Voici une liste de bonnes pratiques, classées par ordre de priorité :

  • Optimiser la ventilation des locaux :
    • Installer ou moderniser un système de ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux, permettant un renouvellement constant de l’air et une filtration efficace des polluants extérieurs (pollen, particules fines).
    • Vérifier régulièrement le bon fonctionnement des bouches d’aération et des systèmes de ventilation, en particulier avant les périodes de forte occupation (hiver, été).
    • Adapter les débits d’air aux besoins réels des locaux, en fonction de l’occupation et des activités (ex. : augmenter les débits en cas de présence de produits chimiques).
    • Éviter les systèmes de ventilation naturelle non maîtrisés, qui peuvent favoriser l’accumulation de polluants ou l’intrusion de radon.
  • Choisir des matériaux et produits faiblement émissifs :
    • Privilégier les matériaux de construction et de décoration portant des labels écologiques (ex. : A+ ou A selon l’étiquetage des émissions de COV).
    • Éviter les produits de construction ou de rénovation contenant des substances cancérogènes (formaldéhyde, benzène, etc.), en se référant aux fiches de données de sécurité (FDS) et aux réglementations en vigueur.
    • Limiter l’usage de produits d’entretien et de désinfection chimiques, en privilégiant les solutions moins toxiques (nettoyage vapeur, produits écolabellisés).
    • Stocker les produits chimiques dans des locaux dédiés, ventilés et sécurisés, et former les salariés à leur manipulation.
  • Mesurer et surveiller la qualité de l’air :
    • Réaliser un diagnostic QAI complet, incluant la mesure des principaux polluants (formaldéhyde, benzène, CO₂, particules fines, radon) et une évaluation des sources d’émission. Ce diagnostic doit être renouvelé périodiquement, notamment en cas de rénovation ou de changement d’usage des locaux.
    • Installer des capteurs de CO₂ en temps réel pour évaluer l’efficacité de la ventilation et identifier les zones mal aérées. Un seuil de 1000 ppm de CO₂ indique un risque de confinement, tandis qu’un repère de 800 ppm est recommandé en contexte sanitaire renforcé.
    • Mettre en place un plan de surveillance pour les polluants spécifiques à l’activité (ex. : particules fines dans les ateliers, radon dans les sous-sols).
    • Documenter les résultats des mesures et les actions correctives mises en place, en les intégrant au DUERP.
  • Sensibiliser et former les salariés :
    • Organiser des sessions de sensibilisation sur les risques liés à la QAI et les bonnes pratiques (aération, signalement des anomalies, utilisation des produits chimiques).
    • Afficher des consignes claires dans les locaux (ex. : « Aérer 10 minutes toutes les 2 heures », « Ne pas obstruer les bouches d’aération »).
    • Encourager les salariés à signaler toute odeur inhabituelle, symptôme respiratoire ou signe de mauvaise aération (maux de tête, fatigue, irritation des yeux).
    • Intégrer la QAI dans les formations sécurité au travail, en lien avec les risques chimiques et les obligations réglementaires.
  • Agir sur les sources de pollution spécifiques :
    • Pour les locaux exposés au radon : réaliser un diagnostic radon et mettre en place des solutions de mitigation (ventilation renforcée, étanchéification des sols).
    • Pour les ateliers avec processus de combustion : installer des systèmes d’aspiration localisée et vérifier régulièrement l’étanchéité des appareils (chaudières, chauffe-eau).
    • Pour les espaces avec usage intensif de produits chimiques : prévoir des sorbonnes ou des hottes aspirantes, et limiter l’exposition des salariés par rotation des tâches.
  • Intégrer la QAI dans la gestion globale des risques :
    • Associer la QAI à d’autres enjeux de santé au travail, comme la prévention des TMS ou des risques psychosociaux, pour une approche globale du bien-être des salariés.
    • Collaborer avec les services de santé au travail pour évaluer l’impact de la QAI sur la santé des salariés et adapter les mesures préventives.
    • Anticiper les évolutions réglementaires (ex. : abaissement des VLEP pour le benzène en 2026) et adapter les pratiques en conséquence.

Ces actions doivent être adaptées à la taille de l’entreprise, au secteur d’activité et aux spécificités des locaux. Pour les petites structures, une approche progressive (diagnostic initial, mesures simples de ventilation, formation) peut suffire à réduire significativement les risques. Pour les grands groupes ou les secteurs à haut risque (laboratoires, industries chimiques), une approche plus structurée, incluant des campagnes de mesures régulières et des investissements dans des systèmes de ventilation performants, est nécessaire.

Le rôle clé du diagnostic QAI : un outil stratégique pour l’employeur

Le diagnostic de la qualité de l’air intérieur n’est pas une simple formalité administrative : c’est un outil stratégique pour évaluer les risques, prioriser les actions et justifier les investissements en matière de QAI. Pour les employeurs, il représente une étape clé pour se conformer au Code du travail et protéger la santé des salariés.

Un diagnostic QAI complet doit inclure :

  • Une évaluation des locaux : identification des sources potentielles de pollution (matériaux, produits, équipements), analyse des systèmes de ventilation, et cartographie des zones à risque.
  • Des mesures de polluants : prélèvements et analyses en laboratoire pour les polluants réglementés (formaldéhyde, benzène, CO₂, particules fines, radon) ou spécifiques à l’activité. Ces mesures doivent être réalisées dans des conditions représentatives (périodes d’occupation, activités normales).
  • Une analyse des résultats : comparaison des concentrations mesurées aux valeurs limites d’exposition professionnelle (VLEP) et aux valeurs guides (ANSES, OMS). Identification des dépassements et des sources prioritaires à traiter.
  • Un plan d’actions correctives : proposition de mesures adaptées (ventilation, substitution de produits, formation), avec un calendrier de mise en œuvre et une estimation des coûts. Ce plan doit être intégré au DUERP et partagé avec les salariés.
  • Un suivi et une réévaluation : mise en place d’un système de surveillance (capteurs, autodiagnostics) et réévaluation périodique du diagnostic, notamment en cas de changement des locaux ou des activités.

Pour les entreprises concernées par les décrets de 2022 (ERP spécifiques), le diagnostic QAI est obligatoire et doit inclure une campagne de mesures aux étapes clés du bâtiment (livraison, réception, rénovation). Pour les autres secteurs, bien que non contraignant, le diagnostic reste fortement recommandé, car il permet de :

  • Réduire les risques juridiques et financiers liés à une exposition prolongée des salariés ;
  • Améliorer le confort et la productivité des équipes ;
  • Démontrer la diligence de l’employeur en cas de contentieux ;
  • Anticiper les évolutions réglementaires et les attentes des salariés en matière de santé au travail.

Le coût d’un diagnostic QAI varie selon la taille des locaux et le nombre de polluants mesurés, mais il représente un investissement bien moindre que les conséquences d’une exposition prolongée à des polluants cancérogènes. À titre d’ordre de grandeur, une étude de l’ANSES et de l’OQAI (2014) estime que le coût de la pollution de l’air intérieur en France s’élève à environ 19 milliards d’euros par an, associé à environ 20 000 décès prématurés. Ces chiffres soulignent l’importance d’agir en amont pour éviter des coûts bien plus élevés à long terme.

Conclusion : la qualité de l’air intérieur, un levier de santé publique et de performance économique

Les cancers du poumon chez les non-fumeurs ne sont pas une fatalité. Ils reflètent souvent une exposition prolongée à des polluants de l’air intérieur, dont certains sont cancérogènes avérés. Pour les employeurs, l’enjeu est double : respecter les obligations légales en matière de QAI et protéger la santé de leurs salariés. Les risques sont réels, tant sur le plan sanitaire que juridique et financier.

Les solutions existent : optimiser la ventilation, choisir des matériaux et produits faiblement émissifs, mesurer et surveiller la QAI, et former les salariés. Le diagnostic QAI joue un rôle central dans cette démarche, en permettant d’identifier les risques et de prioriser les actions. Pour les entreprises, investir dans la qualité de l’air intérieur n’est pas une dépense, mais une protection : celle de leurs salariés, de leur performance et de leur responsabilité sociale.

Dans un contexte où les attentes en matière de santé au travail ne cessent de croître, et où les réglementations se renforcent, la question n’est plus de savoir si l’employeur doit agir, mais comment il peut le faire de manière efficace et durable. La qualité de l’air intérieur doit devenir une priorité stratégique, au même titre que la prévention des risques chimiques ou physiques.

Nous vous invitons à évaluer sans délai la qualité de l’air dans vos locaux, en réalisant un diagnostic complet ou en mettant en place un plan d’action prioritaire. Votre responsabilité est engagée, mais votre investissement sera rewarded par un environnement de travail plus sain, des salariés plus performants et une entreprise plus résiliente.

Questions fréquentes

Quels sont les polluants de l'air intérieur les plus dangereux pour la santé des salariés ?
Plusieurs polluants présents dans l’air intérieur sont classés cancérogènes par les autorités sanitaires. Parmi les plus préoccupants figurent le formaldéhyde (cancérogène et mutagène), le benzène (cancérogène avéré), les particules fines (PM2.5 et PM10), le radon (gaz radioactif) et le monoxyde de carbone (CO). Ces substances peuvent provenir de matériaux de construction, de produits d’entretien, de processus industriels ou de la pollution extérieure. Leur accumulation est favorisée par une ventilation insuffisante ou des locaux mal conçus.
Mon entreprise est-elle obligée de mesurer la qualité de l'air intérieur ?
Les obligations de mesure varient selon le type d’établissement. Les ERP spécifiques (crèches, écoles, accueils de loisirs) sont tenus de réaliser des campagnes de mesures de polluants aux étapes clés du bâtiment, conformément aux décrets de 2022. Pour les autres locaux professionnels, la réglementation impose une évaluation des risques et des moyens d’aération, mais pas systématiquement de mesures. Cependant, un autodiagnostic ou des mesures ponctuelles sont fortement recommandés pour identifier les risques et prioriser les actions.

Source : Santé. Cancer du poumon : pourquoi touche-t-il de plus en plus les non-fumeurs ?

Dans la même thématique
À lire aussi sur NatéoSanté Lab
Où en est la qualité de l'air de vos locaux ?

Obtenez votre pré-diagnostic gratuit en 2 minutes — score personnalisé et recommandations.

🩺 Mon pré-diagnostic gratuit