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Pollution de l'air extérieur et risque cancérigène : quelles obligations pour l'employeur

Par la rédaction NatéoSanté · expert de la qualité de l'air depuis 2009 · · 11 min de lecture

Pollution de l'air extérieur et risque cancérigène : quelles obligations pour l'employeur

Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels

La pollution de l'air extérieur, classée cancérigène par les autorités sanitaires, expose les salariés lors de leurs déplacements ou activités professionnelles en extérieur. Mais qu'en est-il de la qualité de l'air à l'intérieur des bâtiments où ils passent la majorité de leur temps ? L'employeur a-t-il des obligations spécifiques pour protéger ses équipes ?

La qualité de l'air extérieur est aujourd'hui reconnue comme un facteur de risque majeur pour la santé, notamment en raison de son caractère cancérigène avéré. Les particules fines, les oxydes d'azote, le benzène et d'autres polluants atmosphériques pénètrent dans les locaux professionnels par les systèmes de ventilation, les ouvertures ou simplement par infiltration à travers les parois. Pour les employeurs, cette réalité soulève une question cruciale : comment garantir la sécurité sanitaire de leurs salariés dans un environnement où l'air extérieur, déjà contaminé, peut aggraver la qualité de l'air intérieur ?

Cette problématique dépasse le simple cadre du confort ou de la productivité. Elle s'inscrit dans une démarche de prévention des risques professionnels, encadrée par le Code du travail et les recommandations des agences sanitaires. L'employeur doit ainsi évaluer l'exposition de ses salariés à ces polluants, qu'ils soient en extérieur ou en intérieur, et mettre en place des mesures adaptées pour limiter les risques. Cette obligation s'inscrit dans une logique de protection globale de la santé au travail, où la qualité de l'air intérieur devient un levier essentiel de prévention.

Le contexte : un risque cancérigène avéré et des enjeux pour les locaux professionnels

Les études épidémiologiques menées ces dernières années ont confirmé le lien entre l'exposition chronique à la pollution de l'air extérieur et l'augmentation des risques de cancers, notamment pulmonaires et vésicaux. Ces polluants, issus des émissions industrielles, du trafic routier ou du chauffage urbain, pénètrent dans les bâtiments où les salariés passent une grande partie de leur journée professionnelle. Bien que les concentrations à l'intérieur soient généralement inférieures à celles de l'extérieur, elles peuvent néanmoins contribuer à une exposition cumulée significative.

Pour les employeurs, cette situation impose une réflexion approfondie sur les moyens de réduire l'impact de la pollution extérieure sur la qualité de l'air intérieur. Cela passe par une analyse des sources de contamination, une optimisation des systèmes de ventilation, et une adaptation des pratiques professionnelles pour limiter l'exposition des salariés. L'enjeu n'est pas seulement sanitaire, mais aussi juridique et économique, compte tenu des coûts associés aux maladies professionnelles et aux arrêts de travail.

En France, l'ANSES et l'OQAI (Observatoire de la Qualité de l'Air Intérieur) ont souligné dans leurs rapports que les particules fines (PM2.5 et PM10) et certains composés organiques volatils (COV) peuvent persister dans l'air intérieur, même après leur infiltration depuis l'extérieur. Ces polluants, lorsqu'ils sont présents en concentrations élevées, peuvent aggraver les risques pour la santé des salariés, notamment ceux souffrant de pathologies respiratoires ou cardiovasculaires.

Ce que dit la réglementation : des obligations claires pour l'employeur

Le Code du travail encadre strictement les obligations de l'employeur en matière de qualité de l'air intérieur. L'article R.4222-1 impose notamment à l'employeur de garantir une aération suffisante des locaux de travail, adaptée à leur occupation et à leur usage. Cette obligation s'applique à tous les types de locaux, qu'il s'agisse de bureaux, d'ateliers ou de salles de réunion. Le renouvellement d'air doit être assuré par des systèmes de ventilation naturelle ou mécanique, capables d'éliminer les polluants et de maintenir une concentration acceptable de CO₂, indicateur clé du confinement.

En complément, les décrets n°2022-1690 et n°2022-1691 du 27 décembre 2022 ont renforcé les exigences en matière de surveillance de la qualité de l'air intérieur dans certains établissements recevant du public (ERP). Bien que ces décrets ne s'appliquent pas directement aux locaux professionnels classiques, ils constituent une référence pour les bonnes pratiques en matière de prévention des risques liés à la pollution de l'air intérieur. Parmi les obligations introduites, on retrouve :

  • L'évaluation annuelle des moyens d'aération, incluant des mesures de CO₂ pour vérifier l'efficacité du renouvellement d'air ;
  • La réalisation d'une campagne de mesures des polluants prioritaires (formaldéhyde, benzène, CO₂) aux étapes clés du bâtiment ;
  • L'élaboration d'un plan d'actions pour corriger les anomalies détectées.

Pour les employeurs dont les locaux sont situés dans des zones fortement polluées, ces obligations prennent une dimension supplémentaire. Il est recommandé de compléter les mesures réglementaires par des actions ciblées, telles que l'installation de systèmes de filtration d'air performants ou la mise en place de zones de travail en surpression pour limiter l'infiltration des polluants extérieurs.

Par ailleurs, l'employeur doit intégrer le risque lié à la pollution de l'air extérieur dans son Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP). Cette démarche permet d'identifier les situations à risque, de hiérarchiser les actions de prévention et de formaliser les mesures mises en place. Le DUERP doit ainsi inclure une analyse des sources de pollution extérieure, des voies d'infiltration dans les locaux, et des populations les plus exposées (salariés travaillant en extérieur, personnes sensibles, etc.).

Les polluants à surveiller : particules fines, COV et autres composés à risque

Parmi les polluants présents dans l'air extérieur et susceptibles de pénétrer dans les locaux professionnels, certains présentent un risque particulier pour la santé des salariés. Les particules fines (PM2.5 et PM10) sont particulièrement préoccupantes en raison de leur capacité à pénétrer profondément dans les voies respiratoires et à favoriser les maladies cardiovasculaires et pulmonaires. Les lignes directrices de l'OMS recommandent de ne pas dépasser une moyenne annuelle de 5 µg/m³ pour les PM2.5 et de 15 µg/m³ pour les PM10.

Les composés organiques volatils (COV), tels que le benzène ou le formaldéhyde, sont également à surveiller. Le benzène, classé cancérigène avéré, fait l'objet d'une VLEP (Valeur Limite d'Exposition Professionnelle) contraignante en France, fixée à 0,66 mg/m³ sur 8 heures à partir d'avril 2026. Le formaldéhyde, quant à lui, est classé cancérigène et mutagène, avec une VLEP de 0,37 mg/m³ sur 8 heures. Ces seuils doivent être respectés dans l'air intérieur, même si les sources principales de ces polluants proviennent de l'extérieur.

D'autres polluants, comme le monoxyde de carbone (CO) ou le radon, peuvent également poser problème. Le CO, issu des émissions des véhicules ou des systèmes de chauffage, peut s'infiltrer dans les locaux et présenter un risque d'intoxication. Sa valeur guide en air intérieur est fixée à 10 mg/m³ sur 8 heures. Le radon, gaz radioactif naturel, peut s'accumuler dans les bâtiments mal ventilés, avec un niveau de référence réglementaire de 300 Bq/m³ en moyenne annuelle.

Pour les employeurs, l'enjeu est double : d'une part, identifier les polluants présents dans l'air extérieur et susceptibles de pénétrer dans les locaux, et d'autre part, mettre en place des mesures pour limiter leur impact. Cela peut passer par :

  • L'installation de filtres à particules performants sur les systèmes de ventilation mécanique ;
  • La mise en place de purificateurs d'air dans les zones les plus exposées ;
  • L'adaptation des horaires de travail pour éviter les pics de pollution (ex. : report des activités en extérieur aux heures de pointe) ;
  • La sensibilisation des salariés aux bonnes pratiques (fermeture des fenêtres aux heures de forte pollution, utilisation de masques adaptés pour les activités en extérieur, etc.).

Bonnes pratiques pour limiter l'impact de la pollution extérieure sur la QAI

Face à ce défi, les employeurs peuvent s'appuyer sur un ensemble de bonnes pratiques pour améliorer la qualité de l'air intérieur et protéger leurs salariés. Ces mesures doivent être adaptées au contexte spécifique de chaque entreprise, en tenant compte des sources de pollution extérieures, de la configuration des locaux et des activités professionnelles réalisées.

1. Optimiser la ventilation et la filtration de l'air

La ventilation joue un rôle clé dans la réduction de l'impact de la pollution extérieure. Les systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC) doivent être dimensionnés pour assurer un renouvellement d'air suffisant, conformément aux débits minimaux imposés par le Code du travail. Par exemple, pour des bureaux, le débit minimal est de 25 m³/h par occupant. Les systèmes de filtration doivent être adaptés aux polluants cibles, avec des filtres de classe F7 ou F9 pour les particules fines et des filtres à charbon actif pour les COV.

Il est également recommandé de :

  • Vérifier régulièrement l'état des filtres et les remplacer selon les préconisations du fabricant ;
  • Privilégier les systèmes de ventilation double flux avec récupération de chaleur, qui permettent de filtrer l'air entrant tout en limitant les pertes énergétiques ;
  • Installer des capteurs de CO₂ pour surveiller en temps réel l'efficacité de la ventilation et ajuster les débits si nécessaire.

2. Adapter l'organisation du travail

L'organisation des activités professionnelles peut contribuer à réduire l'exposition des salariés à la pollution de l'air extérieur. Par exemple :

  • Éviter les activités en extérieur aux heures de pointe de pollution (généralement entre 8h et 10h, et 17h et 19h) ;
  • Prévoir des espaces de travail en surpression dans les zones fortement exposées, pour limiter l'infiltration des polluants ;
  • Mettre en place des zones de repos ou de travail en intérieur pour les salariés sensibles (personnes asthmatiques, femmes enceintes, etc.) ;
  • Encourager les déplacements professionnels en transports en commun ou en voiture électrique, moins émetteurs de polluants que les véhicules thermiques.

3. Sensibiliser et former les salariés

La sensibilisation des salariés est un levier essentiel pour limiter les risques liés à la pollution de l'air. Les employeurs peuvent organiser des sessions de formation sur :

  • Les sources de pollution de l'air extérieur et leurs effets sur la santé ;
  • Les bonnes pratiques pour limiter l'exposition (fermeture des fenêtres aux heures de forte pollution, utilisation de purificateurs d'air dans les espaces personnels, etc.) ;
  • Les signes d'alerte en cas d'intoxication (maux de tête, essoufflement, nausées) et les procédures à suivre ;
  • L'utilisation des équipements de protection individuelle (EPI) adaptés, comme les masques FFP2 pour les activités en extérieur.

4. Réaliser un diagnostic de la qualité de l'air intérieur

Pour évaluer l'efficacité des mesures mises en place, il est recommandé de réaliser un diagnostic complet de la qualité de l'air intérieur. Ce diagnostic permet de :

  • Identifier les sources de pollution, qu'elles soient extérieures ou intérieures (matériaux de construction, produits d'entretien, etc.) ;
  • Mesurer les concentrations des principaux polluants (CO₂, particules fines, COV, radon, etc.) ;
  • Évaluer l'efficacité des systèmes de ventilation et de filtration ;
  • Proposer un plan d'actions correctives adapté aux résultats obtenus.

Ce diagnostic doit être réalisé par un organisme compétent, en conformité avec les normes en vigueur. Il doit être renouvelé régulièrement, notamment en cas de modification des locaux ou des activités professionnelles.

Le rôle clé du diagnostic QAI pour une approche proactive

Le diagnostic de la qualité de l'air intérieur (QAI) est un outil indispensable pour les employeurs souhaitant adopter une démarche proactive de prévention des risques liés à la pollution de l'air extérieur. Contrairement à une approche réactive, qui consiste à agir uniquement en cas de problème avéré, le diagnostic QAI permet d'anticiper les risques et de mettre en place des mesures correctives avant qu'ils ne deviennent critiques.

Un diagnostic QAI complet comprend généralement plusieurs étapes :

  • L'audit initial : il permet de recueillir des informations sur la configuration des locaux, les systèmes de ventilation, les activités professionnelles réalisées et les sources potentielles de pollution. Cet audit peut être complété par une analyse documentaire (DUERP, rapports de maintenance des systèmes de ventilation, etc.).
  • Les mesures de terrain : elles consistent à mesurer les concentrations des principaux polluants (CO₂, particules fines, COV, radon, etc.) dans différents espaces de travail. Ces mesures doivent être réalisées dans des conditions représentatives de l'occupation des locaux, en tenant compte des variations horaires et saisonnières.
  • L'analyse des résultats : les données collectées sont comparées aux valeurs guides et aux seuils réglementaires (VLEP, valeurs ANSES, etc.). Cette analyse permet d'identifier les espaces ou les périodes où les concentrations de polluants sont les plus élevées, et de proposer des actions correctives ciblées.
  • Le plan d'actions : il formalise les mesures à mettre en place pour améliorer la QAI, en les priorisant en fonction de leur efficacité et de leur faisabilité. Ce plan peut inclure des actions techniques (optimisation des systèmes de ventilation, installation de purificateurs d'air), organisationnelles (adaptation des horaires de travail, sensibilisation des salariés) ou structurelles (travaux de rénovation).

Pour les employeurs dont les locaux sont situés dans des zones fortement polluées, le diagnostic QAI doit inclure une analyse spécifique de l'impact de la pollution extérieure. Cela peut passer par :

  • La comparaison des concentrations de polluants à l'intérieur et à l'extérieur des locaux ;
  • L'évaluation de l'efficacité des systèmes de filtration et de ventilation ;
  • La proposition de mesures complémentaires pour limiter l'infiltration des polluants (étanchéité des menuiseries, mise en surpression des espaces de travail, etc.).

Enfin, le diagnostic QAI doit être intégré dans une démarche globale de management de la qualité de l'air, incluant des actions de suivi et d'amélioration continue. Cela permet à l'employeur de démontrer sa conformité aux obligations légales et de garantir la sécurité sanitaire de ses salariés sur le long terme.

La pollution de l'air extérieur, classée cancérigène, représente un défi majeur pour les employeurs soucieux de protéger la santé de leurs salariés. Si les locaux professionnels offrent une certaine protection contre les pics de pollution, ils ne sont pas à l'abri de l'infiltration de polluants dangereux. Face à cette réalité, l'employeur dispose d'un cadre réglementaire clair pour agir : évaluation des risques, optimisation de la ventilation, filtration de l'air, et sensibilisation des salariés. Mais au-delà de la conformité, c'est une démarche proactive de prévention qui permettra de limiter l'impact de la pollution extérieure sur la qualité de l'air intérieur et, in fine, sur la santé des équipes.

Pour les entreprises situées dans des zones urbaines ou industrielles, cette démarche prend une dimension encore plus stratégique. Un diagnostic de la qualité de l'air intérieur, réalisé par des experts, devient alors un outil indispensable pour identifier les risques, prioriser les actions et garantir un environnement de travail sain. En intégrant la QAI dans sa politique de prévention des risques, l'employeur ne se contente pas de respecter la loi : il protège activement ses salariés et renforce son engagement en faveur de la santé au travail.

Questions fréquentes

Quelles sont les obligations légales de l'employeur en matière de qualité de l'air intérieur lorsque les locaux sont situés dans une zone très polluée ?
L'employeur doit garantir une aération suffisante des locaux conformément au Code du travail (art. R.4222-1 et suivants), évaluer les risques liés à la pollution extérieure dans son DUERP, et mettre en place des mesures correctives si nécessaire. Les décrets n°2022-1690 et n°2022-1691, bien que ciblant certains ERP, constituent une référence pour les bonnes pratiques en matière de surveillance de la QAI.
Comment mesurer l'impact de la pollution de l'air extérieur sur la qualité de l'air intérieur de nos locaux ?
Un diagnostic complet de la qualité de l'air intérieur (QAI) permet d'évaluer cet impact. Il inclut des mesures des principaux polluants (particules fines, COV, CO₂, radon) à l'intérieur et à l'extérieur des locaux, ainsi qu'une analyse de l'efficacité des systèmes de ventilation et de filtration. Les résultats sont comparés aux valeurs guides et aux seuils réglementaires pour identifier les risques.
Quels systèmes de filtration sont les plus adaptés pour limiter l'infiltration des polluants extérieurs dans les locaux professionnels ?
Les systèmes de ventilation double flux avec filtres de classe F7 ou F9 pour les particules fines et filtres à charbon actif pour les COV sont recommandés. Ces filtres doivent être adaptés aux polluants cibles et remplacés régulièrement selon les préconisations du fabricant. Les purificateurs d'air autonomes peuvent compléter ces dispositifs dans les zones les plus exposées.

Source : La pollution de l'air extérieur est 'cancérigène', selon l'OMS - Cridem

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